Jan Juchelka : Les mesures restrictives ne sont pas profitables à l’économie mondiale

Déjeuner-débat / Debatni obed: Jan JUCHELKA, KB, 15. 3. 2018

Jan Juchelka a rejoint Komerční banka en août 2017, après cinq années passées au siège de la maison mère Société Générale. Selon lui, la République tchèque est un bel exemple du succès de l’Union européenne et il ajoute que les cryptoactifs ne sont pas des investissements. 

La situation économique mondiale est très bonne, et l’on s’attend en 2018 à une croissance de 4%. Quel est l’impact de la situation géopolitique sur Komerční banka (KB) et Société Générale (SG) ?

En 2008, les marchés ont été touchés par la crise, qui s’est poursuivie en 2011, et SG a décidé à ce moment-là d’axer ses activités sur le marché européen. La limitation de certaines activités globales a aidé la société mère à redevenir rentable.

La crise s’est traduite par cinq ans de prix volatiles des matières premières de base et l’afflux d’argent des banques centrales à travers le monde dans l’économie. Comme conséquence de la crise, de nouvelles réglementations ont vu le jour, applicables à toutes les banques, qu’elles aient été ou non responsables de la crise.
A ce moment-là, notre secteur a perdu la confiance de ses clients. C’est la raison pour laquelle ont été mis en place une réglementation renforcée, le soutien des banques centrales, mais aussi l’intervention des États dans le fonctionnement des banques, y compris leur prise en charge par les gouvernements dans certains cas.

Komerční banka (KB) est une filiale importante, le fleuron de Société Générale (SG) à l’extérieur de la France. Bien que SG ne possède que 60 % des actions de KB, c’est pour elle ainsi que pour les autres actionnaires un actif rentable. The « return on equity », le retour sur investissement, se situe entre 14 et 15 %. 

Avez-vous remarqué des différences de comportement en matière financière entre les Tchèques et les Français ?

La première différence qui m’avait marqué est l’incroyable popularité des chèques que les Français utilisent même pour régler un petit achat. C’est vraiment une différence culturelle. A part cela, je ne vois pas beaucoup de différences. 

D’autre part, Société Générale dispose également de sa banque en ligne, Boursorama, qui compte plus d’un million de clients. Son objectif dans les années à venir est d’augmenter leur nombre à quatre ou cinq millions. La tendance à ne plus vouloir se déplacer, mais à tout faire en ligne est comparable en France et en Tchéquie. Les changements surviennent rapidement et sont visibles chez les clients de toutes générations. 

En France, les paiements par carte sont très populaires, ils sont même plus fréquents que dans notre pays. Les paiements par téléphone portable gagnent également en popularité. C’est l’une des raisons pour lesquelles Komerční banka a eu le soutien l’année dernière de SG pour l’introduction d’Android Pay (Google Pay aujourd’hui) et elle était à cet effet parmi les premières banques sur le marché tchèque. 

À la lumière des déclarations et des tendances protectionnistes du président Trump, pensez-vous qu’il existe une menace de guerre commerciale et une spirale de protectionnisme ou, au contraire, que tout va se calmer ?

Les mesures restrictives ne sont pas profitables à l’économie mondiale. La République tchèque est une économie orientée vers l’export, les restrictions auraient un impact négatif sur elle. Les tendances protectionnistes n’ont apporté rien de bon dans le passé, alors pourquoi répéter des erreurs déjà éprouvées ?

Les cryptomonnaies connaissent d’énormes fluctuations. Comment cela affecte-t-il les banques ?

À cet égard, je suis entièrement d’accord avec la stratégie de la Banque nationale tchèque (ČNB) : ne pas aider ni protéger ceux qui ont investi dans le bitcoin. Il existe plus de 100 cryptomonnaies différentes et la somme de leur valeur est environ de 700 milliards de dollars. Bien que ce soit un montant élevé, il ne s’agit pas d’une somme susceptible de causer un problème structurel global en cas d’effondrement du système des cryptomonnaies. Je ne les considère pas comme une monnaie parce qu’elles ne répondent pas à la définition de base de la monnaie, je les appelle cryptoactifs. Il faut beaucoup d’imagination et de courage pour considérer les cryptoactifs comme une commodité appropriée à l’investissement. Cela s’adresse plutôt à des profils de joueurs, qu’à de véritables investisseurs.

Quelle est votre opinion sur l’adoption de l’euro en République tchèque ou au contraire sur un éventuel Czexit ?

Ces deux questions sont purement politiques, les banques ne jouent qu’un rôle consultatif dans cette décision. Nous constatons dans le domaine du financement des entreprises, que la demande de prêts en euros augmente. Les bilans d’un nombre croissant de sociétés tchèques sont en euros et la seule entrée en couronnes concerne les salaires. 

Au sujet du Czexit, je ne veux même pas y penser. La République tchèque est l’exemple même du succès de l’élargissement de l’Union européenne en Europe de l’Est. La plupart des exportations tchèques sont orientées vers les pays de l’UE, il est dorénavant possible pour les jeunes d’étudier à l’étranger, de  travailler dans le pays de leur choix, etc … Les réflexions sur le Czexit sont dangereuses. À mon avis, une telle décision signifierait des dommages sans précédent, et pas seulement économiques.

En 2017, KB a ajouté un bénéfice de 7% en glissement annuel. Quelles sont les raisons de ce succès et se poursuivra-t-il ? 

En 2017, le bénéfice s’élevait à 14,9 milliards CZK et cela pour trois raisons principales. La première est la bonne performance de l’économie tchèque, à laquelle KB contribue. Une autre, disons exceptionnelle, a été la fin de l’indexation de la couronne tchèque à l’euro, ce qui a déclenché la nécessité pour les entreprises de faire face aux fluctuations attendues des taux de change.

La troisième raison est le faible risque de non-remboursement des prêts. Les entreprises et les ménages tchèques sont riches et ont assez d’argent pour rembourser leur emprunt, le risque est donc relativement faible.

A propos Francouzsko-česká obchodní komora / Chambre de commerce franco-tchèque 1980 Articles
La Chambre de commerce franco-tchèque, créée en mars 1996, joue un rôle actif dans l’animation de la communauté d’affaires franco-tchèque et contribue significativement au développement des activités économiques des deux pays. Elle soutient également l’idée d’une Europe unie. La CCFT est un organisme indépendant qui s’autofinance, et qui compte à ce jour plus de 300 entreprises membres, tant françaises, que tchèques et fait partie des chambres les plus actives du territoire. En 2016, la Chambre a organisé plus de 70 évènements – parmi lesquels des clubs thématiques, des débats, des séminaires, des sorties sportives, culturelles et gastronomiques - auxquels se sont rendues près de 4700 personnes. En plus d’animer la communauté d’affaires, la Chambre est une des rares chambres à avoir un service d’appui aux entreprises, qui propose une gamme complète de services aux entreprises tchèques et françaises, souhaitant aborder le marché étranger. Chaque année près de 70 entreprises profitent de cette offre et sont accompagnées dans leur développement. La CCFT est membre de CCI France International, qui regroupe 120 chambres de commerce françaises à l’international.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*