L’innovation technologique à l’ère du numérique

Auteur : Service économique de Prague, Direction Générale du Trésor

Bien que les technologies numériques aient été utilisées dès les années 1980 pour l’exploitation massive des données dans la finance, c’est leur extension à tous les secteurs de l’économie, au cours des vingt dernières années, qui a donné naissance à ce que le président Macron a appelé « l’économie de l’hyper innovation », en mai 2017, au salon Vivatech, rendez-vous international de référence des entreprises innovantes en France.

De l’industrie à la santé en passant par l’agriculture, le numérique gagne tous les champs de l’économie. Quelle que soit la filière, l’irruption d’acteurs innovants bouleverse radicalement l’organisation et le fonctionnement des modèles d’affaires traditionnels. Les phénomènes de rendements croissants et les effets de réseau sont décuplés. Les marchés se concentrent çà et là, mais les positions dominantes sont toutefois plus facilement contestables que dans l’économie classique.

Dans ce contexte de pression concurrentielle croissante, les entreprises opèrent leur transformation tournée vers les usages du numérique. Elles intègrent tous les outils technologiques nécessaires à l’optimisation de leur activité et à la montée en gamme sur la chaîne de valeur. Qu’il s’agisse de rupture technologique, « deep tech » ou « low tech », disruptive ou incrémentale, l’innovation technologique renvoie à l’ensemble des démarches scientifiques, organisationnelles, financières, commerciales et technologiques, qui aboutissent, ou sont censées aboutir, à la réalisation de produits ou procédés technologiquement nouveaux ou améliorés, selon l’OCDE. Pour l’entreprise, cela signifie davantage d’automatisation, de dématérialisation, de désintermédiation, de collecte et de traitement des données et de « scalabilité », soit la capacité à s’adapter à un changement d’échelle de la demande, en général une montée en charge, tout en maintenant ses fonctionnalités. Dans l’industrie 4.0. par exemple, l’enjeu consiste à produire de nombreuses petites séries de manière individualisée et durable.

Pour rester dans la course technologique, les acteurs économiques développent leurs compétences numériques et mettent en place des modèles d’affaires innovants à l’origine de nouveaux gains de compétitivité : économie de l’usage, économie collaborative, personnalisation des produits et services, co-création des usages, etc. Au-delà des traditionnelles compétitivités coût et hors-prix, qui ne suffisent plus à pallier le ralentissement des gains de productivité, émerge une nouvelle forme de compétitivité dite « relationnelle ». Elle est fondée sur les modes d’interactions spécifiques entre acteurs économiques, y compris extérieurs à la chaîne de valeur : relations avec les fournisseurs, avec les communautés de clients, avec les partenaires de développement, aussi bien les instituts de recherche et les universités que les startups. En d’autres termes, la compétitivité relationnelle est la capacité des acteurs économiques et institutionnels à se mobiliser collectivement au sein d’un écosystème de l’innovation, à l’instar de la French Tech, pour la création d’entreprises et le numérique, ou de la French Fab, pour la promotion à l’étranger d’une offre industrielle française fédérée.

Pour tenter de positionner durablement son économie à la frontière technologique, la France agit par le truchement de deux grands acteurs. D’une part, France Stratégie, l’ex Commissariat général au Plan, gère le Grand plan d’investissement, 57 Md euro sur cinq ans, destiné à favoriser la transition écologique, renforcer la formation, la compétitivité des entreprises et la transformation numérique. D’autre part, la banque publique d’investissement Bpifrance accompagne et finance les efforts d’innovation des entreprises. Bpifrance assurera ainsi la gestion du nouveau Fonds d’innovation, doté de 10 Md euro issus des cessions de participations de l’Etat. Les rendements annuels générés par le fonds (300 M euro sont ainsi attendus) soutiendront l’innovation en matière de technologies de rupture ainsi que leur industrialisation en France. C’est également la banque publique d’investissement qui gèrera le fonds « French tech seed », véhicule d’investissement destiné aux petites levées de fonds de jeunes pousses issues d’organismes de recherche en phase de pré-amorçage, avant la phase de capital-risque.

La stratégie numérique européenne

La poursuite de la stratégie numérique européenne mise en œuvre depuis 2015, qui vise à unifier le marché du numérique, peut également permettre aux entreprises européennes de mieux faire face aux grands acteurs du numérique qui ont bénéficié d’un marché domestique de départ important, comme les GAFAM aux Etats-Unis (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) ou les BATX en Chine (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi). Le marché unique du numérique pourrait aussi permettre à l’Europe de conquérir une position en pointe sur un secteur stratégique : celui des données, constituant en cela un avantage concurrentiel pour les entreprises européennes par rapport aux géants étrangers, qui font l’objet de plusieurs polémiques quant au traitement et à la protection des données de leurs utilisateurs. C’est dans cet esprit que l’Europe a adopté, en mai dernier, le Règlement général sur la protection des données.

Certes des champions nationaux émergent en République tchèque, Seznam, Kiwi, Avast, comme en France, Criteo, Deezer, Sigfox. Toutefois, l’Europe compte moins de 60 « licornes », ces entreprises dont la valorisation dépasse 1 Md euro, et n’a pas encore donné naissance à un « titan », sociétés créées au XXIème siècle dont la valorisation dépasse les 50 Md euro comme Didi. Aussi l’émergence d’une réelle industrie européenne du numérique ne pourra se faire sans la simplification des règles applicables aux entreprises, la poursuite du soutien à la recherche sur les technologies clés génériques, et la mise en place d’un programme spécifique sur le numérique permettant une approche intégrée pour certaines technologies, à l’image de ce qui existe actuellement pour les supercalculateurs et l’intelligence artificielle.

L’ampleur des changements liés à l’expansion du numérique pose des questions éthique, juridique et sociale qui appellent des réponses européennes autant en matière de régulation des plateformes numériques et de réglementation de la concurrence que de financement de l’économie et de la protection sociale.

Dans cette optique, l’ambassade de France à Prague organisera un colloque ouvert au grand public sur le numérique, mi-novembre 2018 au Palais Buquoy, dans le cadre de la Semaine française.

Cet article a été publié dans le magazine Contact 89, vous pouvez le lire ici. 

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