L’intelligence humaine invente la technologie intelligente

Un logiciel qui entend une panne de machine avant qu’elle ne survienne ; un programme qui transforme une multitude de données en une histoire, des puces qui peuvent simuler une activité cérébrale.… Les technologies avancent à pas de géant et nombreuses sont les inventions qui ont germé dans les cerveaux tchèques ou français. Les Français excellent dans la technologie du secteur bancaire ou de l’électromobilité, la spécialité tchèque se retrouve dans le domaine des véhicules autonomes, des innovations pour la construction mécanique et divers autres logiciels.

Les statistiques de la Commission européenne font l’éloge de performances croissantes en matière d’innovation dans l’Union européenne (5,8 % depuis 2010), mais à l’échelle mondiale, l’Europe va devoir faire face à une concurrence de plus en plus importante. Avec la Chine nous avons encore une longueur d’avance, mais elle se rétrécit rapidement car les progrès de la Chine dans le domaine de l’innovation sont trois fois plus rapides que ceux de l’UE. L’Europe risque d’être bientôt rattrapée par le Canada, le Japon ou les États-Unis.

L’innovation est à l’origine des deux tiers de la croissance économique européenne. L’Europe, qui concentre 7 % de la population mondiale, représente 20 % des investissements mondiaux dans la recherche et le développement. L’année dernière, la République tchèque a investi 1,98 % de son produit intérieur brut dans la R&D, la France 2,27 %.

Découvertes tchèques récentes

Au cours des dernières années, plusieurs sociétés technologiques ont présenté des nouveautés intéressantes sur la scène tchèque. Le public les découvre le plus souvent à l’occasion de l’attribution d’un prix, la publication d’un classement ou l’étude d’une entreprise de renom.

Neuron Soundware, une start-up pragoise qui n’a que deux ans, fait l’objet d’une grande attention. Elle écoute des machines en marche et sait prédire une panne avec une précision allant jusqu’à 99,6 %. Des capteurs et des microphones placés sur la machine enregistrent, par une analyse poussée, les données sonores qu’émet la machine en mode normal. Les données sont transmises à un programme informatique capable d’évaluer les écarts et avertir des difficultés imminentes. Neuron Soundware compte déjà plusieurs clients réputés, tels qu’Airbus, Siemens, Volkswagen ou E.ON. La société a remporté plusieurs concours et a reçu plus de 16 millions de couronnes de deux investisseurs, la Startup Yard et J&T Ventures. Cette technologie est le plus souvent à l’écoute des lignes de production, des escaliers mécaniques, des commutateurs ferroviaires ou des éoliennes.

Le titre « Cool Vendor » attribué par la société Gartner aux petites entreprises qui ont des technologies innovantes, un «business plan » solide ou font preuve d’imagination, a été décerné également à une plateforme d’analyse élargie appelée Stories. Celle-ci traite des données dans des séries chronologiques pour former des analyses graphiques dans la mémoire opérationnelle qui est ainsi capable d’analyser des millions de combinaisons et trouver dans ces données des facteurs clés susceptibles d’influencer des métriques différentes. D’énormes volumes de données se transforment ainsi en histoires, Stories, à la portée d’un utilisateur ordinaire. Les dirigeants d’entreprises n’ont plus à passer en revue ou à produire des analyses pointues, il leur suffit de lire quelques titres générés automatiquement, similaires à des titres de journaux, qui traitent des tendances dans une problématique donnée ou une entreprise et permettent d’identifier les problèmes et leurs causes.

Comprendre une grande quantité de données ou même en quelque sorte lire vos pensées, tel est le domaine d’activité de Sentisquare à Pilsen. Leur algorithme d’analyse sémantique de texte peut lire des millions de fois plus vite qu’une personne et peut apprendre n’importe quelle langue. L’outil de départ est le plus grand volume disponible de texte, tel que les courriels des clients ou les commentaires sur les réseaux sociaux. Les mots-clés découlent naturellement des textes en fonction des sujets mentionnés le plus souvent par les gens. Ainsi, l’entreprise peut découvrir quels sont les avis sur leur produit, les tendances, les intérêts des gens ou même découvrir de nouveaux sujets auxquels elle n’avait pas pensé. Le produit est en vente depuis 2014, mais il est le résultat de 12 ans de recherche menée par le directeur de Sentisquare Josef Steinberger. Les principaux clients sont T-Mobile, Česká spořitelna, ČSOB ou encore Volkswagen.

Trois passionnés d’intelligence artificielle se sont rencontrés au cours de leurs études doctorales, et la combinaison de leurs idées a donné naissance à Rossum, un programme qui enseigne aux machines à comprendre des documents et plus particulièrement des factures. Le secret technologique de l’entreprise réside dans le fait que l’ordinateur sait distinguer entre différentes factures tout comme le ferait une personne. On estime que 20 % seulement des factures sont lues automatiquement aujourd’hui, le reste doit être traité par les comptables. La création de modèles pour chaque type de facture est coûteuse, c’est pourquoi l’idée des Rossum Invoice Robots (jeu de mots avec les robots RUR de l’écrivain tchèque Karel Čapek) a suscité l’intérêt des grandes sociétés d’audit. Le système a été construit sur des données test créées par une équipe d’annotateurs agissant comme des comptables, et les machines ont copié leurs méthodes. L’objectif était de simplifier le travail des comptables et de leur laisser un espace libre pour faire un vrai travail qui ne consisterait pas à recopier des factures. Ce travail maintenant est fait par un réseau neuronal.

Un modèle d’entreprise, qui a bouleversé le segment B2B de l’optimisation et de la gestion des prix, est proposé par la société Price f(x). Une politique de prix établis en fonction de l’actualité, des prix de la concurrence ou de la saisonnalité peut augmenter le chiffre d’affaires et la marge de plusieurs pourcents. Le problème réside dans la complexité et le coût de cette méthode. Cependant, une entreprise basée à Munich, avec un centre de recherche et de développement en République tchèque, propose la location d’un logiciel qui sait trouver la solution. Tant le risque d’échec que l’investissement initial sont pris en charge par Price f(x), et le tarif pour les clients est d’un tiers moins cher que celui de la concurrence.

Robots français et cerveaux artificiels

Sans doute le plus grand innovateur industriel français en République tchèque est Valeo, qui a réalisé des investissements massifs au cours des dernières années et a ouvert un centre de recherche et développement à Prague.Valeo est l’un des principaux innovateurs technologiques dans le monde et ses ingénieurs tchèques y contribuent largement. En 2004, Citroën a été le premier à utiliser le système « stop & start » qui éteint automatiquement le moteur lorsque la voiture est à l’arrêt, dans les embouteillages par exemple. La consommation a baissé de 6 à 15 %, les émissions de CO2 ont diminué et le système a ensuite été utilisé par tous les constructeurs automobiles, notamment après l’introduction de la norme Euro 5. La concurrence dans ce domaine s’est entre temps développée, mais le système Valeo est présent dans un tiers des voitures disposant de cette technologie.

Le centre de recherche pragois de Valeo emploie près d’un millier d’experts qui se consacrent au développement de capteurs et de logiciels pour les systèmes d’assistance au stationnement et les systèmes de sécurité active : assistance pour rester sur sa voie, freinage d’urgence automatique ou avertissement de risque de collision avec une voiture dans un angle mort. Tout est testé directement sur place ou sur le site industriel de Milovice.

En avril, la société française Prophesee a présenté une microcaméra inspirée du corps humain. La caméra capte des centaines d’images par seconde comme l’œil humain, et un logiciel avec ses algorithmes, évalue quasi instantanément ces données, exactement comme le cerveau. Cependant, le système ne fonctionne pas comme une caméra haute fréquence qui collecterait des données, il évalue uniquement les différences entre les images. Il obtient donc des informations plus rapidement et n’est pas tenu de traiter de gros volumes de données. Jusqu’à présent, les produits Prophesee étaient utilisés en biologie, mais ils concernent maintenant l’industrie, où ils contribuent à l’accélération du processus de production grâce à un contrôle ultra rapide de la situation.

Un grand défi de l’ère mobile actuelle est d’introduire le plus de technologie possible sur une minuscule puce, qui est au cœur des smartphones, des véhicules autonomes ou des centres de données. Dans la concurrence mondiale, deux entreprises françaises ont réussi à se démarquer. Smart me up, fondée à Grenoble en 2012, a introduit après trois années de recherche une technologie de reconnaissance faciale, qui évalue également l’âge, le sexe et les émotions de la personne se trouvant devant le caméra. Ses services sont utilisés par les chemins de fer français SNCF ou par des magasins chinois pour évaluer les réactions des clients à la publicité. Dans le futur, elle pourrait être utilisée dans les villes intelligentes – smart cities- pour la sécurité ou pour suivre la fatigue des conducteurs de véhicules. En août 2018, la startup a été rachetée par le sous-traitant automobile Magneti Marelli.

Toujours à Grenoble, mais 4 ans plus tôt, Joël Monnier a fondé la société Kalray pour produire des processeurs intelligents capables d’analyser les données qui les traversent et de prendre des décisions en temps réel. L’année dernière, l’entreprise comptait 65 employés, un chiffre d’affaires de 875 000 euros, et en juin 2018, elle a levé 43,5 millions d’euros à l’occasion de son entrée en Bourse. L’argent provenant de cette vente est destiné à la poursuite du développement des puces, qui seront principalement utilisées dans les centres de données et en partie aussi dans les véhicules autonomes.

La cybersécurité des entreprises est assurée par exemple par Sentryo, une entreprise de Lyon, qui a remporté en août 2018 le concours d’innovation de la Banque Publique d’Investissement Bpifrance. Le projet Kitea détecte les anomalies dans l’Internet des objets (IoT) dans l’industrie afin d’aider les entreprises à se défendre contre les cyber-attaques et à sécuriser leurs systèmes. Une analyse active permet de caractériser et de quantifier les flux inconnus dans l’entreprise à partir des données disponibles. L’utilisation est prévue pour les villes intelligentes ou les véhicules autonomes.

Un grand nombre d’innovations en République tchèque et en France est lié à l’industrie automobile, en particulier aux véhicules autonomes ou à l’électromobilité. Un thème commun est aussi le mouvement dans l’air, qu’il s’agisse d’avions de différentes tailles ou de drones. Des projets intéressants poussent dans les pépinières d’entreprises comme la Startup Yard tchèque ou Station F à Paris. De nouvelles idées germent chaque jour dans les brillants cerveaux. On peut donc s’attendre bientôt à d’autres découvertes dans le domaine des technologies intelligentes et leur utilisation dans l’industrie et la vie quotidienne.

Cet article a été publié dans le magazine Contact 89, vous pouvez le lire ici. 

A propos Francouzsko-česká obchodní komora / Chambre de commerce franco-tchèque 1808 Articles
La Chambre de commerce franco-tchèque, créée en mars 1996, joue un rôle actif dans l’animation de la communauté d’affaires franco-tchèque et contribue significativement au développement des activités économiques des deux pays. Elle soutient également l’idée d’une Europe unie. La CCFT est un organisme indépendant qui s’autofinance, et qui compte à ce jour plus de 300 entreprises membres, tant françaises, que tchèques et fait partie des chambres les plus actives du territoire. En 2016, la Chambre a organisé plus de 70 évènements – parmi lesquels des clubs thématiques, des débats, des séminaires, des sorties sportives, culturelles et gastronomiques - auxquels se sont rendues près de 4700 personnes. En plus d’animer la communauté d’affaires, la Chambre est une des rares chambres à avoir un service d’appui aux entreprises, qui propose une gamme complète de services aux entreprises tchèques et françaises, souhaitant aborder le marché étranger. Chaque année près de 70 entreprises profitent de cette offre et sont accompagnées dans leur développement. La CCFT est membre de CCI France International, qui regroupe 120 chambres de commerce françaises à l’international.

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