Les mairies vs. Airbnb

La start-up Airbnb, née en 2008 en Californie, est devenue en quelques années un mastodonte de la location en ligne. Cette plateforme de particuliers à particuliers a conquis le monde entier, surtout les capitales touristiques, et est aujourd’hui un acteur incontournable des économies locales. Malgré ses « gestes de bonne volonté » et son esprit « associatif », l’entreprise est visée par des dispositifs et des régulations de la part des mairies de nombreuses villes. C’est bien sûr aussi le cas de Paris et de Prague.

Paris : 120 nuitées, pas une de plus

La France est le deuxième marché au monde pour Airbnb, après les Etats-Unis, avec plus de 60 000 logements proposés à Paris, et à peu près autant dans le reste du pays. Selon la banque américaine Morgan Stanley, la plateforme serait à bout de souffle et la croissance du nombre de clients ralentit : 3,3 % en 2017 contre 8 % l’année précédente. Serait-ce dû à l’augmentation des régulations ?

Depuis le 1er décembre 2017, les loueurs de meublés touristiques parisiens ont l’obligation, en vertu du décret Airbnb, d’acquérir un numéro d’enregistrement auprès de la mairie qui pourra ainsi vérifier que le nombre de nuitées n’excède pas 120 par an. Toutefois, l’offensive de la maire de Paris, Anne Hidalgo, s’avère, pour l’instant, peu efficace. Sur près de 54 000 annonces Airbnb étudiées par Le Figaro, plus de 45 000 ne présentaient pas de numéro d’enregistrement à la mi-janvier, donc seulement 20 % des annonces semblent être en règle. Certains vont jusqu’à déclarer que toutes les annonces sans numéro sont par conséquent illégales.

Le but principal de ce dispositif est que la plateforme s’acquitte des impôts autant que les autres professionnels du tourisme. En 2016, Airbnb a déclaré en France un chiffre d’affaires de 5 millions d’euros, alors que les experts l’estiment à 130 millions d’euros. Une telle différence de CA se répercute bien évidemment sur le montant des impôts payés par la plateforme, qui à ce jour est similaire à celui d’une simple PME.

Pour soigner son image, Airbnb vante ses avantages : un apport de revenus supplémentaires, le développement du tourisme, une consommation accrue etc. Voilà déjà trois ans qu’Airbnb a lancé le recouvrement automatique de la taxe de séjour. Cependant celle-ci n’est perçue pour l’instant que dans 50 villes de France. En 2017, Airbnb a versé 13,5 millions d’euros de taxe de séjour à ces 50 villes, dont 6,9 M€ à Paris. Nombreux sont les élus qui bataillent pour cette automatisation. En 2018 le nombre de communes concernées devrait ainsi passer de 50 à 15 000.

Par ailleurs, trois élus LREM accusent Airbnb « de priver le marché locatif d’un nombre important de logements », de vider le centre-ville parisien de ses habitants, ce qui « génère (…) des classes d’écoles qui ferment, des commerçants de proximité qui disparaissent (…), une vie de quartier qui se détériore ».

La taxation pèse sur Airbnb à Prague

Airbnb est installé en Tchéquie depuis 2009 et les chiffres officiels de la plateforme en décembre dernier sont 7200 logements à Prague et 800 000 clients en un an. Près de 70 % des clients sont des jeunes de moins de 30 ans qui séjournent dans la capitale tchèque en moyenne 3 à 4 jours. Les visiteurs les plus fréquents sont les Allemands (14 %), les Américains (10 %) et les Français avec 8 %. Tandis qu’Airbnb déclare une augmentation du nombre de clients de 60 % en un an, son concurrent local tchèque Blahobyty estime que le nombre de locataires qui passent par cette plateforme s’est stabilisé.

Une stagnation du secteur pourrait s’expliquer par un changement dans l’approche de l’administration financière, qui distingue les baux de longue durée des baux hôteliers. Ainsi les hôtes d’Airbnb sont taxés sur le revenu, nombreux parmi eux se professionnalisent.

Deux tiers des hôtes (68 %) proposent un seul logement ; un tiers en propose plusieurs. Plus de la moitié loue occasionnellement, et 44 % des appartements sont disponibles toute l’année. Cette occupation constante par les touristes soulève la critique des Pragois, en quête acharnée d’appartements devenus rares et de plus en plus chers.

Les journalistes se penchent également sur la question. Ils ont ainsi découvert que les appartements qui sont la propriété de la mairie de Prague 1 sont sous-loués sur Airbnb, alors que la mairie déclare faire son tout pour lutter contre de telles pratiques. Des plaintes, déposées par des résidents d’un immeuble de la place Venceslas, qui appartient à la mairie de Prague 1, à l’encontre des touristes bruyants ont obligé cette même mairie à prendre les mesures légales nécessaires. Les mairies commencent timidement à sortir leurs griffes pour protéger les villes et leurs habitants.

Cet article provient du magazine Contact 87.

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